mémoire d'arpajon

Centre social - 15130 - Arpajon sur Cère

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JOSEPH PASTEUR HONORé dans le cantal

DANS LA HAUTE VALLEE DE LA CERE QUAND SEVISSAIENT DES EPIDEMIES

 

                     La science  était bien dépourvue devant les maladies infectieuses qui frappaient aussi bien les humains que les animaux, lorsque Louis PASTEUR  ( 1822-1895) fit les découvertes capitales qui allaient changer les doctrines scientifiques de l’époque.

                      Ses premiers travaux, à partir de 1847, portaient sur la dissymétrie des cristaux ; à partir de 1855, il s’intéressa aux  fermentations à la demande des brasseurs du Nord puis étendit ses recherches sur les ferments  lactiques et alcooliques. A partir de 1862, il démontra que les fermentations étaient dues à des organismes microscopiques et il balayait du même coup  la doctrine de la génération spontanée, et cela déboucha sur  la microbiologie et l’origine des maladies infectieuses.

                      Le Cantal, terre d’élevage, était particulièrement exposé au fléau représenté par  les épidémies ; des cas particuliers nous sont communiqués, qui se sont produits dans la haute vallée de la Cère.  C’est à Mr Jean DELRIEU, qui habite le Loir et Cher, mais qui est originaire de Polminhac où il a gardé ses attaches, que nous devons  les informations qui suivent.

                      Il est établi que 3 enfants de Polminhac ont été mordus par un chien enragé et soignés par traitement à base de moelle épinière de lapin, cela se passait  en 1896 et concernait :

                * Léon MALLET qui avait 4 ans au moment des faits ; il a été mordu le 5 septembre 1896 et il est le grand père de Mr Jean DELRIEU  ci-dessus.

               * Léon CLERMONT, 3 ans, mordu le 5 août 1896 par un chien appartenant à Mr CLEMENT ; le vétérinaire était Mr DEVEZE.

               * Edmond MABRU, 3 ans, mordu par un chien appartenant aux Demoiselles CLERMONT de Polminhac ; Mr DEVEZE était également le vétérinaire.

                       La copie des certificats atteste  le traitement appliqué à l’époque à nos trois malheureux garçons. 

                       Le vaccin contre la rage fut découvert par PASTEUR en 1885 ; le «  livre des inventions »  de Anne GISCARD D’ESTAING, p.198, nous apporte quelques précisions : PASTEUR injecta au jeune Joseph MEISTER, mordu par un chien enragé, de la moelle épinière prélevée puis desséchée de lapins auxquels il avait été inoculé le virus.

                      De son côté, Mr Pierre RAMOND, qui habite rue des Crozes, localité proche de Carbonat (1) et d’Arpajon sur Cère, tient de ses parents qui étaient agriculteurs, que les animaux victimes du charbon étaient enterrés sur les hauteurs du plateau du Coyan, au dessus de Fraysse Haut, au lieudit «  Montagne de Fouland » (2) et que l’on appelait pour la circonstance « le cimetière du charbon ». Cette pratique a bien sûr disparu depuis  la découverte du vaccin anti-charbonneux en 1881 expérimenté à Pouilly le Fort, localité du département de la Seine et Marne,  puis du sérum anti-charbonneux en 1895, et cette maladie qui faisait  jadis de gros ravages parmi les troupeaux fut  éradiquée.

                       Le Cantal qui bénéficiait comme toute l’humanité  de cet immense progrès scientifique, allait rendre hommage à celui qui en était l’auteur ; l’illustre savant est venu à Aurillac en juin 1883 à l’occasion d’une exposition régionale ; rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que son disciple, puis successeur en 1895 était Emile DUCLAUX (1840-1904)   né à Aurillac où un Lycée et une rue portent son nom. En 1903, Mr René VALLERY RADOT (3) gendre de Louis PASTEUR et écrivain, a écrit un livre sur ce dernier, et publiait un article dans la revue Hachette,  rappelant ce voyage dans le Cantal ; nous ne pouvons tout reproduire, mais en voici quelques extraits parmi les plus significatifs.

  Le maire d’Aurillac  Mr Joseph CABANES, qui accueillait l’honorable chercheur parlait en ces termes  « Elle est bien petite, notre ville..…mais vous y trouverez des cœurs  capables de sentir vos bienfaits et d’en conserver le souvenir »

                     PASTEUR se promenait dans les rues, « il ne songeait qu’à s’instruire, allant droit à tel exposant.. ». Un paysan local le voyant s’arrêta net et cria « Vive PASTEUR, vous m’avez sauvé mon bétail ».

                     Les médecins d’Aurillac s’associèrent pour lui rendre hommage. Le Docteur FLEYS, Directeur de l’Hôpital, s’exprimait en ces termes : « les voies sont ouvertes désormais à vos contemporains et à vos successeurs…. ».

                      En reconnaissance à l’illustre visiteur, la Ville d’Aurillac lui a remis une coupe en bronze argenté signée par l’orfèvre CHRISTOFLE. On peut donc constater que la découverte de PASTEUR était porteuse d’un immense espoir qui d’ailleurs ne fut pas déçu.

 

                                         L’auteur cite des chiffres à faire frémir ; le coût des épidémies était évalué  à 3 millions de francs de l’époque (soit de nos jours 1 500 millions  de francs ou 260 000 € pour le département ) ; comme les paysans avaient alors peu ou pas d’assurances pour la perte du bétail, on peut imaginer le préjudice ; En 1882 déjà, 613 740 moutons et 83 946 bœufs étaient vaccinés ; d’autre part, les mesures d’hygiène appliquées faisaient tomber de 50 % à 5 % le taux de mortalité du aux interventions chirurgicales et de 200 pour 1000 à moins de 1 pour mille dans les maternités.

                      Nous ne pouvons  terminer ce récit sans adresser nos remerciements à Mme Annick PERROT, conservateur des Musées de l’Institut Pasteur (4), qui a bien voulu remettre à Mr Jean DELRIEU un certain nombre de documents qui nous ont permis d’aborder le sujet avec des preuves.

                      La tradition orale pourrait certainement nous apprendre encore bien des informations et des anecdotes sur les épidémies qui ravageaient nos cheptels.

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  1) Carbonat est l’un des quartiers important de notre commune ; son nom proviendrait de carbo, ou carbonis signifiant charbon ; le mot passé en italien serait carbonata,viande grillée sur du charbon et carbonade. Est-ce en rapport avec maladie ou avec le combustible, la question est posée.

 (2) Fouland se trouve sur l’arrête qui sépare les vallées de la Cère et de la Jordanne, à 1000 m d’altitude et dominant plutôt côté Velzic ; il y a aussi Foulan, mais sur la Cne d’Ytrac. 

(3) Le fils de Mr René VALLERY-RADOT (1853.193) était PASTEUR VALLERY RADOT (  1886. 1970),   qui fit carrière comme chercheur dans les maladies des reins et les allergies.

 (4) L’institut Pasteur a été fondé par Pasteur lui-même en 1888.